SWITCH le livre du changement, du cornac et de l’éléphant

Ah le changement… Ce principe si séduisant, invoqué partout, pour les causes les plus justes, pour les pires massacres…
Brocooli ne pouvait décemment pas laisser filer un si bel objet d’étude.

Alors pour bien commencer cette série d’articles sur le changement, merci d’accueillir SWITCH, le petit livre bleu des frères Heath.
Décryptage et avis perso : GO GO GO.

1. Une promesse : changer les choses quand le changement est difficile

Les auteurs nous avouent dès la quatrième de couverture (bon, pour les plus rigides rigoureux, c’est un peu la toute fin du livre, mais bon..) que le changement est difficile, troublant. Que ça prend du temps. Que nous avons tous tendance à abandonner rapidement, dès les premiers déboires.

Bref, plutôt rassurant, on parle de la même chose. Ou pas d’ailleurs (articles à venir sur la thérapie brève).

Et pour ce premier article, c’est vous qui êtes le héros (comme les livres éponymes), je vous offre donc deux choix :
- Choix 1 : retour sur le livre pour ceux qui hésite à l’acheter et le lire, je vous livre les 5 traits saillants de SWITCH (rendez vous directement au petit 2),
- Choix 2 : un résumé du contenu pour ceux qui ont beaucoup à faire/aiment optimiser leur temps/ont la flemme et veulent passer à côté d’un chef d’oeuvre (rendez vous directement au petit 3).

2. SWITCH : un livre abandonné page 9 ou fini dans la journée ?

Ne laissons pas durer ce suspens intenable de quelques secondes (nous sommes sur Internet, ne l’oublions pas) : SWITCH vaut vraiment le détour.

En cinq points, SWITCH, c’est :

a. un livre business mais pas seulement
Il s’inscrit clairement dans une lignée de livre “business”, dans son format, dans ses exemples, dans son humour.
Mais sa portée et ses études de cas ne se limitent pas au monde de l’entreprise.

b. un livre pas trop conceptuel

Les moins familiers des concepts de psychologie sociale découvriront quelques matériaux intéressants pour enrichir leurs réflexions, notamment l’erreur fondamentale d’attribution, la dissonance cognitive, l’effet de simple exposition. Pas beaucoup plus de concepts.

c. un livre riche en cas pratiques

J’ai adoré sa structure : un chapitre par idée et dans chaque chapitre une histoire pour illustrer le propos (tirées d’expériences classiques de psycho sociale, de gestion de projet, de thérapie brève, de challenge d’entreprises…)
En plus, vous trouverez ça et là quelques “clinics” pour vous inviter à réfléchir à des pistes pour amorcer le changement face à des cas réels (ils vous livrent leurs idées et ce qui a été mis en place à la suite)

d. un livre qui vous offre 3 grandes leçons

Dans ce livre vous apprendrez :
- que ce qui s’apparente à de la résistance est souvent un manque de clarté,
- que ce qui ressemble à de la paresse est souvent de l’épuisement,
- que ce qui semble être un problème d’individus est souvent un problème d’environnement.

e. un livre pratique

Le modèle proposé par les frères Heath est simple à retenir et permet de convoquer des outils efficaces dans la vie de tous les jours.

Mais mais.. ce livre a l’air formidable. Vite je l’achète (et donne quelques centimes à Willy grâce à ce lien affilié Amazon) :

 SWITCH le livre du changement, du cornac et de léléphant SWITCH le livre du changement, du cornac et de léléphant

Achtung, n’allez pas plus loin, je dévoile tout ensuite.

3. Le cornac et l’éléphant : une analogie qui fonctionne

cornac SWITCH le livre du changement, du cornac et de léléphant
J’ai un aveu terrible à vous faire. *regard coupable*
J’ai tellement aimé ce livre que j’ai même lu les remerciements.

Et c’était plutôt intéressant. Les auteurs voulaient initialement s’appuyer sur la dichotomie “système réflexif” et “système inconscient”.. La lose totale pour les auteurs de Made to Stick SWITCH le livre du changement, du cornac et de léléphant, non ?

Quoi qu’il en soit, grâce à ce cher Jon Haidt, et son formidable The Happiness Hypothesis (article à venir), les frères Heath -si vous cherchez la traduction de Heath, vous comprendrez qu’un célèbre auteur français a porté plainte aux US pour vol de nom- ont volé (une nouvelle fois) trouvé une image parfaite pour décrire leur cadre de référence.
Le constat est le suivant : notre moi est dual, il est composé d’une partie émotionnelle et d’une partie rationnelle.
Comment rendre compte de ces caractéristiques ? Réponse : considérer la partie émotionnelle comme un éléphant et la partie rationnelle comme son pilote, le cornac.

Devinez qui gagne lorsque l’éléphant de six tonnes et le cornac sont en désaccords sur le chemin à emprunter ?
Indice :

Et pour comprendre notre comportement, il suffit de s’interroger sur les forces et les faiblesses de chacun.
Les faiblesses de l’éléphant sont évidentes : il est paresseux et espiègle, à la recherche des récompenses rapides, favorisant ainsi le court terme au long terme.
Au contraire, le cornac réussit à voir sur le long terme et planifier méthodiquement pour parvenir à la destination escomptée.
Lorsque le changement échoue, c’est souvent parce que le cornac ne réussit pas à maintenir l’éléphant suffisamment longtemps sur la nouvelle route..
Mais l’éléphant a aussi d’énormes qualités. L’éléphant vous fait ressentir l’amour, la compassion. Il vous rend loyal et protecteur. Et surtout, c’est lui qui permet de réaliser effectivement le changement. Toute l’énergie déployée, que le but soit noble ou non, c’est lui.

En fait, il faut comprendre ce dualisme, comme un complément symétrique : l’éléphant peut être impulsif et entêté et mettre à mal les plans du cornac, inversement, le cornac est à la source de l’hésitation, alors que l’éléphant vous met à l’action.

Une fois cette image posée, vous avez de quoi assimiler rapidement les 2/3 du livre (et attendre la seconde partie du billet où je vous dévoile tout en détails).

Il ne reste plus qu’à introduire la dernière composante : le comportement est en grande partie conditionné par l’environnement.

L’environnement influence le comportement

popcorn SWITCH le livre du changement, du cornac et de léléphant

Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un oeil à une expérience sur “les comportements alimentaires irrationnels”, réalisée en 2000 dans un cinéma de Chicago.

L’expérience était très simple. Chaque spectateur recevait un cornet de popcorn gratuitement. Les popcorns étaient vieux de quelques jours pour s’assurer qu’il n’y ait pas de biais dû au goût (concrètement les gens ne le mangeait pas par pur plaisir, d’ailleurs deux spectateurs ayant oubliés qu’ils avaient reçu le popcorn gratuitement avaient demandé à être remboursé tellement ils trouvaient ce popcorn mauvais). Néanmoins, certains recevaient un cornet de grande taille et d’autres de très grande taille (rappelons nous pour le sourire qu’aux US une taille moyenne équivaut à un XXL chez nous), la distribution était naturellement aléatoire. La taille des cornets faisait qu’il était presque impossible de finir sa portion, il n’y avait donc pas la volonté de “ne pas gaspiller” ou de “finir”.

L’hypothèse à vérifier : les personnes qui ont reçu un cornet plus grand mangeront plus de popcorn.
La réponse : ceux qui ont reçu un cornet plus grand ont consommé en moyenne 53% de popcorn en plus.
Pour vérifier d’éventuels biais dus au lieu et à la population, Brian Wansink, l’auteur de l’étude a réalisé de nombreuses autres expériences pour s’assurer de sa trouvaille. La conclusion était invariable : les gens mangent plus lorsqu’on leur donne un contenant plus grand.

Le plus drôle, c’est qu’à la fin de l’expérience, les spectateurs étaient tenus au courant de l’étude en cours et des conclusions.
À la question, pensez-vous que vous avez mangé plus à cause de la taille du cornet ? La majorité se sont moqués de l’idée et nombreux ont répondu “qu’ils ne se faisaient pas piéger par ce genre de combines” ou “qu’ils savaient très bien lorsqu’ils étaient rassasiés”.

Ainsi, le modèle de Chip et Dan Heath pour penser et impulser le changement s’articule autour du triptyque : cornac-éléphant-chemin.
Le cornac s’attache aux éléments rationnels, l’éléphant aux parties émotionnelles et le chemin à l’influence de l’environnement.

Vous voulez en savoir plus ? Rentrer dans le concret ?
Rendez-vous à la seconde partie du billet : comment impulser le changement grâce au modèle de SWITCH… Très bientôt.

En attendant, vous pouvez faire un petit tour du côté de l’effet de gel et de l’escalade d’engagement.

Tu as aimé l'article ? 

Tu peux le partager sur Facebook, Twitter et Google+.
Tu peux aussi rejoindre la newsletter.



Powered by WPSubscribers

Related posts:

  1. Le livre interactif de Mike Matas : le livre de demain ?
  2. Comment changer grâce à la raison (1)
  3. Comment changer grâce à l’émotion (2)
  4. Petite introduction à la stratégie d’entreprise
  5. Zilch ou comment faire plus sans aucun budget