Steve Blank : une nouvelle bulle internet (2)

steve blank Steve Blank : une nouvelle bulle internet (2)

Première position du débat sur la potentielle nouvelle bulle Internet, celle de Steve Blank, pour qui sommes déjà entrés dans la bulle :

Revenons à la définition d’une bulle technologique :
Une bulle technologique est l’inflation rapide des valorisations des entreprises technologiques publiques et privées, valorisations qui excèdent largement leurs fondamentaux.
Elle est accompagnée d’une rationnalisation du nouveau prix et finit par un effondrement des valeurs. (On peut également faire mention du “smart money”, l’investissement précoce des acteurs aguérris qui retirent leur profit avant l’effondrement).

Le phénomène des bulles n’est pas récent. Il y en a eu pendant des siècles (la tulipomanie (ie la crise de la tulipe), la Compagnie des mers du Sud, la compagnie du Mississippi, etc.). Au cours de la dernière décennie, nous en avons connu deux, les dotcom et l’immobilier aux Etats-Unis.

Aujourd’hui, plusieurs signes me font penser que nous sommes à nouveau entrés dans une bulle :
- l’IPO de LinkedIn,
- la valorisation démesurée de Facebook,
- la hausse rapide des valorisation de startup en early stage,
- la difficulté grandissante pour recruter des talents dans la Silicon Valley,
- la durée pour traverser Palo Alto en voiture a triplé à cause des embouteillages.

Jean-Paul Rodrigue, de l’université de Hofstra, indique qu’une bulle peut se décomposer en 4 phases : la phase furtive, la phase d’alerte, la phase maniaque et la phase d’éclatement. Je pense que nous approchons le début de la phase mania.

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1. Dans la phase furtive, les business angels et les capitaux-risqueurs (VCs) commencent à investir dans une industrie ou un segment du marché que les autres n’ont pas encore remarqué. Dans le cas de cette bulle, ce sont les réseaux sociaux, les applications mobiles et le cloud. Les VCs, qui ont su percevoir la profitabilité de ces startups, doubleront facilement leurs investissements. Bien avant les autres, ils ont su déceler les applications qu’en auraient des millions d’utilisateurs et auront anticipé les revenus générés, hors du commun.

2. a. La phase d’alerte fait référence à la période pendant laquelle les investisseurs institutionnels commencent à remarquer ces oppportunités et investissent à leur tour, augmentant le prix mécaniquement.
Pour ne citer qu’un exemple : le groupe d’investissement russe DST et leur investissement de 200 millions de dollars dans Facebook pour une valorisation à 10 milliards en 2009, suivi en 2011 d’un second l’investissement de 500 millions de dollars (aux côtés de Goldman Sachs), pour une valorisation de 50 milliards.
b. En parrallèle, la bulle sur l’amorçage (seed) débutait lorsque Ron Conway, un célèbre business angel de la Silicon Valley, accompagné de DST, ont garanti un investissement de 150 000 dollars à toutes les startups qui sortaient du YCombinator. Mais c’est surtout l’investissement de VCs réputés dans la startup Color, pour un montant de 40 millions, qui n’avait alors pas même de produit sur le marché, pour une valorisation de 100 millions (d’après les rumeurs) qui a vraiment été un tournant.
c. Pendant ce temps, les VCs les plus avisés continuent d’investir dans ce segment et augmentent leur position sur des entreprises technologiques existantes ; les blogs spécialisés (Techcrunch et autres) jubilent et les journalistes traditionnels commencent à prêter de l’attention.
Et, bien sur, tous les investisseurs nous expliquent pourquoi cette fois-ci tout est différent.

3. Nous venons d’entrer dans la phase maniaque. La valorisation de LinkedIn est passée à 8,9 milliards de dollars à la fin de la première journée consécutive à son IPO. Cela a envoyé le signal qu’il y avait une demande irrationnelle pour les IPOs technologiques, toutes les startups accourent pour tenter l’introduction publique.

Les signes avant-coureurs de la bulles sont arrivés lorsque les entreprises internet chinoises ont rejoint les bourses américaines. En décembre 2010, Youku, le Youtube chinois, a fait un IPO avec une valorisation à 4,4 milliard de dollars à la fin du premier jour (avec 58,9 millions de revenus en 2010). En mai 2011, RenRen, le Facebook chinois, a vu sa valorisation à 7,4 milliards à la fin de la première journée de son IPO (avec un revenu de 76,5 millions en 2010).

La description du professeur Rodrigue de ce qui suit nous semble familière : “le grand publique accourent pour ne pas manquer cette opportunité d’une vie”. Les anticipations prennent des proportions insensées et le flot d’argent accroît encore ces anticipations, en faisant atteindre des sommets astronomiques au cours des entreprises technologiques.
Et un cercle vicieux classique d’une bulle s’installe, les prix augmentent et les investissements se multiplient.. Sans que le grand public ne le remarque, le “smart money” et de nombreux investisseurs institutionnels retirent leur argent discrètement, en concrétisent de ce fait leurs plus-values. Il devient difficile de trouver des opinions sur les fondamentaux dénués de biais puisque de nombreux acteurs ont investi lourdement et ont intérêt à voir leur actifs continuer à croître.

Le marché devient de plus en plus exubérant et la cupidité s’installe. Tout le monde tente l’aventure et les nouveaux investisseurs n’ont absolument aucune compréhension du marché de ses dynamiques et de ses fondamentaux. Certains déclarent que nous avons changé de paradigme. L’histoire se répète.

Personne ne doute que les réseaux sociaux, le web et les applications mobiles réinventent la façon de vendre. Evidemment, certaines de ces entreprises auront des centaines de millions de clients, avec des revenus sans précédents et des profits gigantesques.
Cependant aucune de ces companies ne méritent les valorisations qu’elles reçoivent aujourd’hui.

Retrouvez l’avis de Ben Horowitz, qui pense que nous ne sommes pas en bulle.

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