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    Vous êtes ici : Brocooli : la curiosité qui fait germer le changement » Les Dossiers » Branding » Le marketing selon Nespresso

    Branding

    Le marketing selon Nespresso

    Nous aimons bien chez Bro­cooli les marques qui ont su s’extraire des règles du jeu sec­to­rielles, des contraintes propres au mar­ché dans lequel elles évo­luent. Que ce soit Apple, Red Bull, Star­bucks et main­te­nant Nes­presso, ces marques se placent sur leur mar­ché de façon à ce que le prix ne soit plus  res­senti comme le seul fac­teur déter­mi­nant l’achat. Et pour cela, il leur faut un talent certain.

    En outre, comme nous ne recu­lons devant aucun défi, nous avons fait le choix d’écrire un article expli­quant les recettes du suc­cès de Nes­presso d’un point du vue mar­ke­ting sans par­ler de George Cloo­ney ! (mais on peut le montrer)

     

    Nes­presso a bien qua­drillé le terrain

    La quasi-totalité des articles a jusque là, avec rai­son, ana­lysé le suc­cès de Nes­presso en mobi­li­sant les outils mar­ke­ting sui­vant :

    Mar­ke­ting stra­té­gique  : pour faire court Seg­men­ta­tion / Ciblage / Positionnement

    Mar­ke­ting mix : géné­ra­le­ment connu sous le vocable des « 4P » Produit-Prix-Place-Promotion-.

    L’analyse est bonne et per­ti­nente puisqu’elle met en relief le tra­vail de Nestlé qui a consisté en la créa­tion d’une marque/produit inno­vante et para­doxale qui asso­cie luxe et consom­ma­tion cou­rante.

    Ce qu’il faut bien voir ici, c’est qu’à par­tir de rien ou presque (l’innovation et les bre­vets ne sont pas grand-chose sans une appli­ca­tion com­mer­ciale), Nes­presso a seg­menté son mar­ché du café (les buveurs de café), a ciblé une caté­go­rie de consom­ma­teurs (les buveurs de cafés CSP/CSP+) et a défini son posi­tion­ne­ment sur ce mor­ceau de mar­ché pré­cis (luxe, pri­vi­lège et qua­lité). Ensuite l’offre a été défi­nie plus en détail lors du mar­ke­ting mix, ce qui a per­mis l’élaboration de pro­duits per­for­mants et en cohé­rence avec le mar­ché qui leur était dédié.

    Seule­ment ce type d’analyse, le plus lar­ge­ment repré­senté (et sou­vent bien fait), est indis­pen­sable autant qu’il est insuf­fi­sant pour expli­quer le suc­cès de Nespresso.

    Mais avant de pas­ser à mes argu­ments, il faut rapi­de­ment mettre en avant  l’idée géné­rale qui se tient der­rière ce type d’articles men­tion­nés  et qui n’apparaît qu’en filigrane.

    Nes­presso et la valse à 3 temps

    Déten­teur d’un bre­vet pour un nou­veau sys­tème de cafe­tières dès 1970 (!), Nestlé a créé sa filiale Nes­presso qui s’est lan­cée sur le mar­ché du BtoB, sans suc­cès, en 1986. Ainsi en 1988, la situa­tion était la sui­vante : la filiale pos­sède « seule­ment » un bre­vet, une tech­no­lo­gie dif­fé­ren­ciante, c’est-à –dire une solu­tion technologique.

    Or, lorsqu’une entre­prise est en pos­ses­sion d’une solu­tion tech­no­lo­gique, il faut, pour la rendre lucra­tive, créer un débou­ché, un pro­blème qui va de paire avec la solu­tion et qui per­met­tra donc de vendre cette solu­tion. Cela peut être, pour­quoi pas, une défi­ni­tion cynique mais per­ti­nente, de l’activité de mar­ke­ting. Et lorsque l’on s’appelle Nes­presso, le pro­blème qui fera vendre la solu­tion est l’envie de café chez le consom­ma­teur désigné.

    Nes­presso a donc entre­pris le tra­vail sui­vant : créer qua­si­ment ex-nihilo le couple mar­ché + le consom­ma­teur qui va avec (ou stra­té­gie de “l’Océan bleu”). L’enseignement du 1er échec a été tiré,  c’est main­te­nant le BtoC qui est privilégié.

    C’est donc une valse à 3 temps qui s’est dan­sée chez Nespresso :

    1 Nestlé pos­sède une solu­tion tech­nique inno­vante, dis­cri­mi­nante et brevetée

    2 En face de cette solu­tion il faut créer un mar­ché et donc avant tout une repré­sen­ta­tion du consom­ma­teur cible

    3 La cible accepte l’offre pro­po­sée et devient un client.

    Voilà donc en sub­stance ce qui est ana­lysé d’habitude.

     

    Entrons dans le vif du sujet et sor­tons de la vision “push”

    Je parle je parle mais je suis sûr que vous être en train de vous dire  « il a quand même passé une plombe à par­ler de ce qu’il ne vou­lait pas par­ler, George excepté. Je ne sais déci­dé­ment pas si toute cette souf­france, ce sacri­fice en valent la peine…» Oui mais c’est pour mieux vous par­ler de ce dont j’ai envie de vous parler.

    L’enjeu n’est pas tant l’achat que le ré-achat

    Les fac­teurs énon­cés ci-dessous visent à expli­quer pour­quoi par exemple, au-delà du fait que les consom­ma­teurs soient « cap­tifs », les clients achètent une fois une cafe­tière et des dosettes, mais sur­tout pour­quoi ils ré-achètent aussi sou­vent. En effet, quand on a la force de frappe de Nestlé, on peut, au moyen d’une cam­pagne publi­ci­taire et d’un pro­duit à peu près bien conçus, faire ache­ter une fois assez faci­le­ment. Toute la dif­fi­culté est de créer de la fidé­lité, du ré-achat.

    En résumé, on en est là : Nestlé a bien fait son tra­vail, son offre est per­ti­nente et accep­tée, sa cible est en pos­ses­sion de la fameuse cafe­tière et a reçu ses pre­mières dosettes.

    On plonge main­te­nant direc­te­ment dans l’utilisation, l’expérience, la rela­tion que le consom­ma­teur entre­tient avec le couple pro­duit cafetière-dosette dont il vient de faire acquisition.

    1 le cérémonial

    Ce que Nes­presso a apporté de dif­fé­rent par rap­port à la concur­rence (la cafe­tière tra­di­tion­nelle ou la machine espresso) est la suc­ces­sion de petites étapes répé­tées à chaque nou­veau café qui rythment l’utilisation du couple produit.

    Choix de la cap­sule parmi une mul­ti­tude de varié­tés colo­rées / mise en place / choix de la tasse / posi­tion­ne­ment de la tasse / mise en fonc­tion­ne­ment de la cafe­tière / vision­nage du café qui  s’écoule dans la tasse / prise de la tasse / ajout éven­tuel du sucre et de la cuillère.

    Cet enchaî­ne­ment, qui s’apparente à une cho­ré­gra­phie ou une ryth­mique s’ancre jour après jour chez le consom­ma­teur qui l’intègre et finit par l’apprécier.

    L’objectif ici est la créa­tion d’une séquence répé­ti­tive et répé­tée, sou­vent chaque jour, afin que naisse l’habitude de consom­ma­tion. On peut qua­si­ment par­ler de  rite en cela que la cho­ré­gra­phie pré­pare l’esprit du consom­ma­teur non pas à la spi­ri­tua­lité mais à la “dégus­ta­tion” du café.

    Rite : « com­por­te­ment sté­réo­typé, de carac­tère répé­ti­tif ; un céré­mo­nial dont la jus­ti­fi­ca­tion ne paraît pas rele­ver d’explications immé­dia­te­ment empi­riques (c.a.d. non immé­dia­te­ment com­man­dées par les néces­si­tés de l’existence maté­rielle) ».

    En effet,  quelle jus­ti­fi­ca­tion empi­rique don­ner à l’acceptation du prix exor­bi­tant des dosettes Nespresso ?

    La limite ? Atten­tion, je ne dis pas que cela est propre à Nes­presso, comme les argu­ments sui­vants, mais c’est par­ti­cu­liè­re­ment soi­gné, réflé­chi, tra­vaillé chez eux. Les élé­ments qui com­posent la cho­ré­gra­phie donnent envie d’être mani­pu­lés, uti­li­sés, choi­sis, exa­mi­nés. C’est là une dif­fé­rence fon­da­men­tale.

    2 le symbolique

    Je crois éga­le­ment que Nes­presso joue sur un res­sort auquel nous sommes tous plus ou moins sen­sibles : avec une cafe­tière Nes­presso et ses dosettes, on a l’impression de « faire comme » au café, le lieu phy­sique. L’utilisateur, au moyen de son couple-produit qui a une appa­rence pro­fes­sion­nelle, se réap­pro­prie une par­tie du lieu « café » et simul­ta­né­ment l’aura, l’atmosphère par­ti­cu­lière (-ment aimée) qui vont avec. Avec la cafe­tière et les dosettes, le consom­ma­teur repro­duit en minia­ture, dans un coin de sa cui­sine ou de son salon (on cache sa cafe­tière mais pas trop) ce lieu appré­cié où l’on se sent bien, pour­quoi pas cette Third place quand on invite des amis ou la famille pour par­ta­ger le moment du café.

    La limite ? Le consom­ma­teur joue ponc­tuel­le­ment un jeu, endosse le rôle du « bar­man » ou du « cafe­tier ». Comme quand on avait 6 ans et qu’on jouait à la dinette, cela fonc­tionne tant que c’est res­senti comme un jeu, ensuite cela devient net­te­ment moins attirant.

    1 + 2 = 3 l’habitude

    Ritua­li­sée et sym­bo­lique, la consom­ma­tion de café Nes­presso s’ancre défi­ni­ti­ve­ment dans les habi­tudes des consom­ma­teurs, habi­tude qu’il est bien dif­fi­cile de sacrifier.

    Ici je m’inspire de l’excellent article de Slate.fr qui pré­sente les tra­vaux de Charles Duhigg (à lire abso­lu­ment, je ne reprends pas ici toute l’analyse).

    L’extrait de Duhigg, met en lumière com­ment au début du XXème siècle le den­ti­frice Pep­sodent s’est imposé dans les foyers amé­ri­cains (10 ans après son intro­duc­tion 50% de la popu­la­tion avait pris l’habitude de se bros­ser les dents contre qua­si­ment per­sonne auparavant).

    Vous allez me deman­der « quel est le rap­port avec le café ? »

    Le rap­port avec le café vient du fait que le méca­nisme d’habitude est le même qui a fait deve­nir le den­ti­frice objet de consom­ma­tion pluriquotidienne.

    Selon Charles Duhigg, qui s’appuie sur l’expérience du publi­ci­taire Hop­kins (depuis véri­fiée de manière expé­ri­men­tale en regar­dant de près l’activité neu­ro­nale d’un singe), il est pos­sible de mettre en place qua­si­ment n’importe quelle habi­tude si l’on res­pecte le schéma suivant :

    - il faut un sti­mu­lus (la pos­ses­sion de la cafe­tière, la vue de la cafe­tière et des dosettes, le fait que l’acheteur de Nes­presso soit cap­tif, le prix des dosettes, le rite, l’envie de jouer au cafe­tier, belle-maman qui attend dans le salon… bref tout ce qui déclenche le pro­ces­sus de consommation).

    Bien entendu, comme sou­li­gné dans l’article, cela s’applique à de nom­breux autres pro­duits. Mais encore une fois, Nes­presso s’est donné les moyens d’ancrer cette habi­tude en pro­po­sant un sti­mu­lus de qua­lité, qui force presque la main par sa pré­sence au consom­ma­teur : réflé­chi et raf­finé,  il est d’autant plus efficace.

    - rajou­tez la consom­ma­tion (« dégus­ta­tion » selon Nespresso)

    - res­sen­tez l’effet stimulant-placebo de la caféine

    - Et recommencez.

    Mais là où la thèse de Duhigg est vrai­ment inté­res­sante, c’est qu’elle rajoute un 4ème élé­ment : l’auto-stimulation, appe­lée moteur neu­ro­lo­gique ou encore plus sobre­ment « besoin ».

    En effet, en s’appuyant sur le cas Pep­sodent, Duhigg a remar­qué que ce qui fai­sait la dif­fé­rence du den­ti­frice à suc­cès était le petit plus : son goût men­tholé et la fraî­cheur qu’il lais­sait en bouche.

    Le rôle de l’addition de la menthe, acci­den­tel, est néan­moins fondamental

    «Les consom­ma­teurs ont besoin d’un signe leur prou­vant que le pro­duit est effi­cace», Tracy Sin­clair, ancien res­pon­sable mar­ke­ting d’Oral-B et du den­ti­frice pour enfants Crest.

    Dans le den­ti­frice c’est le goût frais de menthe, et dans Nes­presso, anti-Pepsodent, c’est l’amertume du café, qui, res­tant en bouche, est la preuve que la pro­messe de caféine et d’excitation est bien déli­vrée.

    Par consé­quent, c’est l’amertume comme pro­messe qui devient la cause numéro 1 de la mise en place de l’habitude : le consom­ma­teur anti­cipe, a besoin de cet amer et appuie sur le bou­ton de sa Magi­mix. Nestlé n’aurait donc pour rôle actif, à tra­vers sa marque Nes­presso, que de déclen­cher le sti­mu­lus en le conce­vant et ensuite d’assurer l’approvisionnement des consommateurs.

    4 l’identification, et c’est ma conclusion

    J’ai insisté sur la construc­tion par Nestlé via Nes­presso (la marque est la 1ère étape de cette édi­fi­ca­tion) d’un couple pro­duit cafetière-dosettes très per­ti­nent. Mais l’offre Nes­presso ne se résume pas à cela : Club , Bou­tiques, Acces­soires, image pres­ti­gieuse, Clooney, …

    Oui mais c’est là que se trouve la limite selon moi de la vision  “push” : il faut en effet, pour expli­quer un suc­cès tel,  aller au-delà  de l’étape où Nestlé éla­bore une offre qu’il met en face d’un public qu’il a identifié.

    Il faut en effet se pen­cher éga­le­ment sur l’expérience, la rela­tion que le consom­ma­teur entre­tient avec le produit.

    Qu’est-ce qu’il se passe dans la cui­sine du consom­ma­teur ? Qu’est-ce qui échappe au contrôle de Nes­presso mais qui en assure nén­moins le succès ?

    J’en veux pour preuve qu’un client peut très bien vou­loir ache­ter du Nes­presso en ayant connais­sance que de seule­ment un ou plu­sieurs élé­ments de l’offre et non de la tota­lité. Com­bien connais­saient l’existence du Club Nes­presso avant l’achat du pro­duit ? Cela signi­fie que le tra­vail actif de Nes­presso, en tant que construc­tion de son offre, ne per­met  pas à lui seul d’assurer le suc­cès du pro­duit : il doit s’en remettre à la rela­tion que le client créera avec sa cafe­tière et ses dosettes.

    C’est autant Nes­presso qui iden­ti­fie sa cible que Madame X qui s’identifie à Nespresso.

    Or aussi bon mar­ke­ter que l’on puisse être, on ne peut pas savoir à 100% à l’avance quels signaux (à l’intérieur du brand­scape) feront que le client se recon­naî­tra dans l’offre pré­sen­tée, ce qui est le fon­de­ment de la limite du push. 

    Pour­quoi ? Car Nes­presso se fonde sur une repré­sen­ta­tion de ses futurs clients, repré­sen­ta­tion qui par défi­ni­tion est réduc­trice et sim­pli­fi­ca­trice.
    Seule­ment comme l’avait dit Paul Valéry :

    « Tout ce qui est simple est faux. Ce qui est com­pli­qué est inutilisable. »

    Les mar­ke­ters vont donc conti­nuer à pen­ser leur futur consom­ma­teur du mieux pos­sible pour ensuite croi­ser les doigts pour que la cible s’identifie en retour au produit.

    Mathieu Daix

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    Mathieu Daix

    Etu­diant en der­nière année à l’EMLYON Busi­ness School.
    Conseil et suivi de pro­jets entre­pre­neu­riaux.
    Pas­sionné d’entrepreneuriat, web et branding.

    Tags: 4P, Branding, marketing, Nespresso
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    Last reply was 4 weeks ago
    1. Pierre
      View 10 months ago

      Une très belle ana­lyse, merci.
      Nes­presso est une belle marque, de la consom­ma­tion la plus pure ! ;)

      Pierre

    2. Margaux Gandelon
      View 10 months ago

      Est-ce que le fait que Nes­presso fait le meilleur expresso avec une machine mai­son ne joue pas un peu? :-)

    3. Mathieu Daix
      View 10 months ago

      Merci :)

    4. Mathieu Daix
      View 10 months ago

      ah ah si vous avez tota­le­ment rai­son, la qua­lité du café est un élé­ment fon­da­men­tal. Mais je ne suis pas assez connais­seur pour dire que c’est le meilleur / ou pas.

    5. Qu'est ce qu'une marque ? (avec Kapferer)
      View 4 weeks ago

      […] des tri­bus authen­tiques (via du mar­ke­ting tri­bal). Remarque : les marques fortes (Nes­presso, Red­bull…) ont eu un lan­ce­ment lent. Un lan­ce­ment à grand coup de bud­get média […]

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