Facteur limitant : technologie vs capital naturel

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Ce billet est issu d’un article de Steven Stoll, paru intégralement dans Harper’s et traduit dans Books, intitulé La croissance zéro, on y vient !. Il est composé de courts extraits de la traduction française de Books, qui vous donneront, je l’espère, envie d’acheter le numéro d’avril 2011 de Books ou de consulter l’original sur le site web d’Harper’s. Steven Stoll s’appuie sur le livre de Bill McKibben, une des principales figures du mouvement écologiste américain, “Deep Economy. The Wealth of Communities and the Durable Future, Holt, 2007.

Constat : un problème économique

Notre problème vient d’une confusion simple que les économistes ont tendance à faire depuis le début de la révolution industrielle. La croissance et l’écologie n’obéissent pas aux mêmes règles. Ces spécialistes pensent généralement que tous les cas de pénurie peuvent être résolus par substitution, en remplaçant par exemple le thon par le tilapia, sans prendre en compte les répercussion à long terme. [...]

Une histoire récente

societe industrielle Facteur limitant : technologie vs capital naturel
La société industrielle a environ 250 ans : si l’on considère que les dix mille dernières années équivalent à vingt-quatre heures, nous produisons des biens de consommation et du CO2 depuis trente-six minutes. Si l’on procède de la même façon pour le million d’années d’évolution humaine, toutes les percées technologiques modernes -de la machine à vapeur à Internet- tiennent dans les vingt et une dernière secondes.
Si nous ne sommes pas plus vigilants, la chasse et la cueillette finiront par sembler une stratégie de survie beaucoup plus efficace que la croissance. [...]

Facteur limitant : l’exemple de la pêche

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La prise de poissons à l’échelle planétaire est passée de 19 millions de tonnes par an en 1950 à 80 millions de tonnes en 1990 ; 70% des principales espèces de poissons d’eau de mer sont considérées comme surexploitées ou totalement exploitées. [...]
Les pêcheurs [de morue de Terre Neuve] prennent actuellement moins de poissons qu’en 1950, au début de l’expansion. En d’autres termes, le facteur limitant n’est plus l’équipement, mais le capital naturel.

Depuis les années 1770, les capitalistes ont appris à investir dans le facteur limitant la production pour maximiser la productivité. Auparavant, cela passait toujours par l’amélioration des technologies de la pêche ; désormais, cela signifie l’augmentation du capital naturel, qui est le nouveau facteur limitant. [..]

Remettre en doute des présupposés productivistes

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Dans Deep Economy, l’essayiste Bill McKibben conteste l’union problématique du “plus” et du “mieux”. Pour les pauvres du monde entier, pour les réfugiés économiques des campagnes chinoises détruites qui assemblent aujourd’hui des lecteurs DVD dans le Guangdong, “plus” est certainement nécessaire. Mais le niveau de ce nécessaire est étonnamment modeste. Quand les gens possèdent sécurité alimentaire, logement adéquat, accès à l’éducation et des biens de consommation en quantité suffisante pour être à l’aise et productifs, “plus” cesse d’être mieux. Plus n’accroit plus le bonheur. […]

La Chine dépense des sommes colossales pour nettoyer son air et son eau, mais McKibben cite un ministre adjoint de l’Environnement admettant que le grand miracle économique “arrivera bientôt à son terme parce que l’environnement ne peut plus suivre le rythme.” […]

Redonner la responsabilité aux communautées

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Deep Economy se préoccupe des solutions, au premier rang desquelles McKibben place l’autonomie des communautés. Amorcée au XVIIIème siècle, la mondialisation, en séparant à un tel point la production de la consommation, a permis au population de jouir des fruits de contrées lointaines sans avoir à prendre en charge les coûts sociétaux, ce qui revient à faire ses courses avec la carte de crédit de quelqu’un d’autre. Penser local, en revanche, c’est privilégier l’internalisation des ressources et des conséquences.[…]

Rien ne pourrait être plus stable que des populations prenant la responsabilité de ce qu’elles sollicitent de la biosphère. Un économiste pourrait rétorquer qu’aucune ville ni comté ne sont en mesure de satisfaire à leurs propres besoins. C’est exact, mais toute réduction du nombre de produits importés -et de la distance qu’ils parcourent – rend une collectivité à la fois plus autonome et plus responsable.

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