ENTREPRENEURSHIP et LEADERSHIP : une LIAISON DANGEREUSE

joseph schumpeter ENTREPRENEURSHIP et LEADERSHIP : une LIAISON DANGEREUSE


Xavier Niel (Free), Jacques Antoine Granjon (vente-privée), Marc Simoncini (Meetic) sont les figures de proue de  l’entrepreneuriat en France. L’engouement suscité par le lancement de l’offre mobile de Free, lors d’une keynote marquée par  l’influence de Steve Jobs est l’occasion pour moi de revenir, au moyen de quelques articles, sur la figure de l’entrepreneur. Mais pas seulement.

En effet je compte écrire sur des notions qui selon moi sont intimement liées : « entrepreneur » ;  « leader » ; « leadership » ; « manager ».

 

1. L’entrepreneur schumpetérien, ce héros

Puisque pour commencer il faut bien un début (je suis au moins, jusque là, logique), je décide donc ici de revenir à un des pères fondateurs de la théorie sur l’entrepreneur, j’ai nommé Joseph Aloïs Schumpeter. J’essaierai alors de mettre en lumière une des caractéristiques de l’entrepreneur de Schumpeter qui est sa faculté à motiver ses collaborateurs, pour ainsi glisser sur le leadership, Steve Jobs, la distorsion de la réalité et le beau chez Aristote.

Il faut dire que Joseph Schumpeter prenait la question de l’entrepreneur très au sérieux.

« Sans opinion ou avec des opinions fausses sur l’entrepreneur, le profit, le crédit et les crises, on ne peut rien dire de raisonnable sur tout ce qui nous intéresse et  nous fait agir dans le monde de l’activité économique », Préface de la deuxième édition corrigée  de la Théorie de l’évolution économique, 1926. A noter que ceci est inquiétant pour les macro-économistes qui éludent souvent cette figure.

Brièvement, Schumpeter voit dans l’entrepreneur un individu hors du commun. Il est plus qu’un simple chef d’entreprise qui «exploite une affaire ». Il prend des initiatives, brise le cadre routinier, possède le goût du risque, est attiré par la création et in fine le profit qu’il tire de son avantage concurrentiel.

 

2. L’entrepreneur est un meneur 

Ce qui ressort en filigrane, et qui est à la fois le plus intéressant et le plus méconnu dans le portrait que Schumpeter brosse de l’entrepreneur est sa psychologie. Et plus encore que sa volonté de créer et d’innover, sa « volonté de puissance » diront certains, c’est sa capacité à motiver et entraîner les collaborateurs qui est à mettre en lumière. Autrement dit, l’entrepreneur Schumpeterien est avant tout un leader, tel que le concept est décrit dans la littérature (on fera alors la différence entre le chef d’entreprise simple manager et l’entrepreneur leader) :

Exemple d’une définition éclairante du concept de leadership dans la littérature :

- Les procédés qui visent à diriger et supporter les collaborateurs dans la poursuite des intérêts et des missions de l’organisation. Hess and Sciliano, 1996

A ce stade il est intéressant de noter que si pour Joseph Schumpeter, il y a avait disjonction entre les fonctions de managers et d’entrepreneur-leader, ce postulat est aujourd’hui largement remis en cause, notamment en conséquence de l’organisation nouvelle des entreprises et de la multiplication des échelons. « Aujourd’hui bien plus qu’hier, être un manager nécessite des capacités de visionnaire, d’imagination et d’inspiration. Ces qualités sont en fait appelées leadership » in Hierarchies, authority and leadership by Harold J. Leavitt.

 

3. Les managers doivent aussi développer leur leadership

Ceci étant dit, il m’importe dans cet article de mettre en lumière cette capacité qu’a l’entrepreneur d’emmener avec lui ses collaborateurs vers ses objectifs, ses ambitions, ses visions. Je cite ici un court passage de l’article de J. Liouville, La fonction d’entrepreneur, Schumpeter revisité : « l’article de 1928 permet également de découvrir une dimension importante (…), la capacité à motiver les tiers à participer à la réalisation de nouvelles possibilités ».
Cette qualité de l’entrepreneur vu par Schumpeter m’a fait immédiatement penser à un excellent chapitre de la biographie de Steve Jobs, écrite par W. Isaacson. Sans idéaliser le personnage, il me semble quand même que S. Jobs incarnait assez bien le modèle de l’entrepreneur selon l’économiste hétérodoxe autrichien :

- capacité d’évoluer en rupture : innovations produits  (Mac, Ipod, Iphone, Ipad…) ; de procédés ( Mac OS X, Itunes, Icloud) ; de marché (ordinateur personnel, smartphone, tablettes…)

- rente de monopole

- et surtout une vision, qu’il parvenait à partager (à imposer).

 

Walter Isaacson biographie Jobs ENTREPRENEURSHIP et LEADERSHIP : une LIAISON DANGEREUSE
4. Jobs, une incarnation paroxystique de l’entrepreneur Schumpéterien

Ce fameux chapitre s’intitule sobrement « Le champ de distorsion de la réalité, imposer ses propres règles du jeu ». Il fait état de la force de persuasion que possédait Steve Jobs, de la capacité à mobiliser ses ressources humaines poussée à son paroxysme. Un certain Tribble, développeur logiciel, est cité dans la biographie : « en sa présence – de S. Jobs – la réalité devient malléable (…) Le concept de distorsion de la réalité était un mélange troublant de charisme et de force mentale ; c’est la volonté de plier les faits pour qu’ils rentrent dans le moule ». C’est à la fois très Schumpeterien et plus encore.

Maintenant que les présentations sont faites avec ce concept apparu initialement dans Star Trek, voyons ce que cela implique dans l’entreprise, en s’appuyant toujours sur l’exemple Jobs.

Pour le positif, il faut aller chercher dans la bouche de son ex-associé et co-fondateur d’Apple : Steve Wozniak. « Steve utilisait son CDR quand il devait soutenir des choses qui allaient contre tout bon sens, comme, par exemple lorsqu’il m’a dit que je pouvais développer le premier jeu de casse-briques en moins d’une semaine. Je savais que c’était impossible, et pourtant il s’est débrouillé pour que cela se réalise ».

Le leadership permettrait donc de repousser les limites du possible, d’attendre de ses collaborateurs ce qu’ils ne savent pas encore faire. Jusque là, c’est plutôt positif puisqu’on peut attendre de son charisme une augmentation de la productivité, des performances et même pourquoi pas une prise de confiance et un développement professionnel et personnel  de ceux qui se dépassent.

Cependant, cela est positif si le dépassement se réalise sur le mode de la confiance et de l’acceptation consentie de l’influence du leader. « vous réalisiez l’impossible parce qu’il vous avait convaincu que vous pouviez le faire », raconte Debi Coleman.

Dans le cas contraire, on obtient ces témoignages : « Il me faisait penser à Raspoutine. Il braquait ses yeux sur vous, comme deux lasers, et vous regardait fixement. Il pouvait vous servir n’importe quoi, même du soda empoisonné, vous le buviez sans broncher » Debi Coleman.

Raspoutine ENTREPRENEURSHIP et LEADERSHIP : une LIAISON DANGEREUSE

On perçoit vite les limites d’un tel comportement. Le champ lexical  employé est nettement moins élogieux : trahison, hypnose, manipulation, mort. Pire peut-être, Jobs semblait se duper lui-même. Il appliquait à la lettre la psychologie de l’entrepreneur briseur de carcans, de routine et pensait  s’extraire des contraintes du réel qui s’appliquaient à tous sauf à lui. Qui à dit mégalo ?

 

5.  A retenir :

Que l’on soit entrepreneur aux commandes de son entreprise, manager-dirigeant ou manager de moindre échelon, le leadership et la capacité que l’on a être reconnu comme tel sont fondamentaux pour évoluer en équipe. Seul, pas de problème, de ce côté-là au moins. Mais dès qu’une équipe se forme, des interactions et des jeux de pouvoir  se créent. C’est tout l’intérêt de cultiver un leadership personnel, situationnel et, s’il-vous-plait, mesuré. 

Pour clore cet article, je vous invite à poursuivre la lecture passionnante de la biographie, qui se lit comme un roman policier : on connaît la fin et on cherche dans les faits et la psychologie du héros les raisons qui ont abouti à la situation qu’on connait tous.

 

Je vous invite à me retrouver prochainement sur brocooli.com pour continuer à discuter entrepreneuriat, PME, startup et que sais-je encore.

Mathieu Daix

 

SOURCES

Préface de la deuxième édition corrigée  de la Théorie de l’évolution économique, 1926 , Joseph A. Schumpeter

Steve Jobs, Walter Isaacson (2011)

La fonction d’entrepreneur, Schumpeter revisité J. Liouville

Hess and Sciliano, 1996

 

 

 

 

 

Tu as aimé l'article ? 

Tu peux le partager sur Facebook, Twitter et Google+.
Tu peux aussi rejoindre la newsletter.



Powered by WPSubscribers

Related posts:

  1. Richard Cantillon : apparition de la figure de l’entrepreneur
  2. L’entreprise, une idée neuve à réinventer (1ère partie)
  3. Saisir ce qui commence
  4. Pour tout savoir sur Steve Jobs et Apple
  5. Virage stratégique d’Apple : l’iPhone à portée de toutes les mains