3 remarques sur l’éducation

kids play 3 remarques sur l’éducation

Il est certains sujets qui nous charrient souvent et que nous ignorons pourtant. Dans mon cas, l’éducation en est un. Non que je ne m’y intéresse pas, loin de là. Qu’y a-t-il d’ailleurs de plus fondamental (dans de nombreux sens d’ailleurs) ?
Je vous propose pour un premier article sur ce thème (rédigé en propre j’entends), de partager trois insights sur l’éducation, et les conclusions pratiques à en retirer.

Un double constat

a. l’enfance est considérée par un grand nombre d’individu comme l’âge d’or de l’existence grâce à un mélange d’énergie, d’insouciance et de bien-être ;
b. Ken Robinson dans The Element, cite une étude intéressante. George Land et Beth Jarman visent à évaluer notre capacité à penser différemment (“Divergent thinking”), cette capacité à imaginer plusieurs alternatives, à construire des analogies, à penser en métaphores, à défier l’apparent. Ils ont sondé 1500 enfants, âgés de 3 à 5 ans. Résultat ? 98% ont eu un score qui qualifierait des génies. Plus intéressant encore, ils ont suivi ce groupe d’enfants jusqu’à leurs 15 ans pour suivre l’évolution de leur capacité. Et de constater le déclin graduel de la capacité à la penser divergente . Âgés de 8-10 ans, plus que 32% d’entre eux obtenaient un score « génie ». Pire, à 13-15 ans, seulement 10%. Et Robinson de commenter avec humour, « à cet âge là vous êtes enfin éduqués. »

Comment l’expliquer?

Il serait un peu ambitieux de tenter de dénombrer tous les paramètres d’influence et de modéliser leurs influences respectives. Néanmoins, je pense qu’il ne serait pas déraisonnable de faire quelques remarques et paris.
En voici 3 qui me paraissent vraiment fondamentales.

1. L’interdiction sèche et irréfléchie

Lorsque l’on regarde un enfant, force est de constater l’énergie incroyable déployée devant nos yeux. Il exploite toutes les possibilités de l’environnement qui sont à sa portée : il mord, goute, crie, touche, serre, tombe, court, observe… Et quelle réponse de l’adulte ? L’interdiction par fatigue ou lassitude (« je n’en peux plus, il m’épuise »), par crainte pour l’enfant (« il va se faire mal s’il fait ça »), par crainte pour soi (« mais que va-t-on dire des mes capacités à éduquer mes enfants ») ou par volonté de bien faire (« voici la bonne manière de se comporter »).
Toute interdiction ne paraît pas insensée en soi. Encore faut-il s’assurer de la validité de sa conviction. Si nous ne pouvons pas remettre en question sans cesse ce que nous croyons savoir, peut-être serait-il important de se poser la question avant d’interdire quoi que ce soit à un enfant. Les assertions arbitraires des parents sont presque toujours le symptôme d’un interdit non examiné, d’une raison un peu trouble dans l’esprit de celui qui professe sa doctrine. Combien de « c’est comme ça pas autrement. » et de « tu comprendras plus tard ».
Prenons un exemple, une situation à laquelle j’ai assisté ce matin même.
Un enfant pose une question à un homme qui était assis à côté de lui dans le métro (sur un bibelot qu’il examinait dans toutes ses facettes). Sa mère, assise face à lui, le gronde directement en lui disant seulement « ça ne se fait pas, veuillez l’excuser Monsieur ». L’homme était plutôt sympa et lui a expliqué rapidement que c’était « un objet de collection ».
Quels problèmes ici ?
- l’enfant ne sait pas pourquoi il ne faut pas poser de question à cet homme,
- je ne suis pas sur que la mère ne le sache,
- l’homme utilise une catégorisation assez stérile dans sa réponse.
Et surtout, quelles conséquence sur l’enfant ? Que peut-il en retirer ?
- parler à des gens n’est pas bien, au moins dans certaine situation, mais je ne sais pas lesquelles,
- j’ai porté préjudice à cet homme puisque ma mère s’est excusée,
Sans compter que l’homme ne paraissait pas contrarié, ce qui n’est pas sans entrainer une confusion pour l’enfant dans sa compréhension langagière (incongruence « la réaction de l’homme que je vois vs ce que maman me dit »).

Ainsi, nous voyons, même dans des situations anodines (je ne dis pas que cet épisode va bouleverser l’enfant, mais à l’instar d’un accident, un changement est souvent la succession de petites choses), même lorsque la violence est modérée (je n’ai pas pris l’exemple des punitions corporelles), qu’il ne serait pas superflu d’être très prudent lorsque l’on interdit.

2. La disparition du jeu

Est-il encore besoin de rappeler le bienfondé du jeu ?
Le jeu s’inscrit dans une réalité régie par des règles (contraintes externes) mais en même temps dans un espace de liberté dans lequel « l’individu-maître du jeu » fixe les règles. Opposé à l’activité utilitaire, le jeu répond au seul plaisir de l’exercice, sans but réel de celui qui le pratique. Pourtant, un peu à l’instar d’un effet essentiellement secondaire (cf Jon Ester), il permet, alors qu’il serait parfois impossible de le faire intentionnellement, de s’approprier son environnement, d’aménager ses émotions et de défier le connu, par recours à l’imagination et à l’imitation.
Le jeu est l’antithèse du péremptoire. Il rejette la solution unique ; il crée la multiplicité des possibles, des réalités, du sens. Il est autant exploration et assainissement que divertissement.
Hier, je croisais un homme exigeant, compétent dans quelques domaines. Mais ô combien grave. Son exigence lui avait fait croire en une sorte d’uniformité de la vie. Il n’y avait qu’un modèle, et celui-ci serait celui du beau, du bon, du bien.
Il ne souriait pas, il ne jouait plus. La décadence s’obtient à coup sur en supprimant la légèreté de son être.
Celui qui ne joue plus débute son naufrage.
Celui qui interdit le jeu impose la décadence.

3. L’école : instance traumatisante pour un formatage de masse

« Assis-toi droit et tiens toi tranquille. Soit sage. Ne discute pas avec toi voisin. Arrête de courir partout. Ne dors pas maintenant, la sieste c’est après. Dors maintenant, c’est l’heure de la sieste. Un ciel c’est bleu. Arrête de faire l’idiot. Au coin, tu es un âne. C’est très bien Nicolas, prenez exemples les autres. Julie, tu es une commère. Les maths, c’est vraiment pas pour toi. T’es bête. Ne copie pas. Non, ce n’est pas la bonne réponse. »
Dois-je vraiment commenter le désastre qu’engendrent ces admonestations quotidiennes ?
Et je ne m’épanche pas sur les interactions entre pairs, sur le conseiller d’éducation, sur le principal, sur le conseiller d’orientation…
Vous voudriez quelques développements ? Je vous laisse regarder le TED talk de Ken Robinson dans son plaidoyer pour révolutionner l’éducation. (un gros quart d’heure).

So what ?

Les deux premières remarques ont un corollaire pratique évident :
- Ne pas interdire n’importe quoi et n’importe comment. L’éducation permet de défier au fur et à mesure ses propres convictions, internalisées depuis (trop) longtemps,
- Ne pas empêcher le jeu, mieux, faire en sorte de cultiver un environnement propice au jeu. Prendre exemple sur le tempérament et les méthodes des enfants pour résoudre leurs incompréhensions et leurs difficultés paraît vraiment fécond : mettre en scène et tester, adopter la légèreté pour posture.

C’est un peu plus compliqué pour le dernier point. Est-il enviable, voire possible, d’écarter ses enfants du système éducatif ? Quelles alternatives sont possibles ? Quels sont les moyens dont nous disposons pour minimiser les inconvénients et maximiser les avantages de l’école ?
Ce sera l’occasion d’un autre billet, si cela vous intéresse.

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